Quand l’expérience et un diplôme ne suffisent pas

Il y a plusieurs années, je me suis surpris à réfléchir à l’idée suivante : « Pourquoi ne pas apporter des décennies d’expérience du terrain dans le monde académique ? »

C’est dans cet esprit que j’ai approché une université réputée proposant un programme d’Executive MBA. Mon ambition était simple, du moins en principe : partager ce que j’avais appris dans la pratique avec celles et ceux qui l’étudiaient en théorie.

Après tout, mon parcours présentait quelques atouts pertinents :
• Plus de 25 ans à conduire des transformations commerciales complexes et à diriger des équipes commerciales sur tous les continents,
• J’ ai vécu dans six pays et travaillé au sein d’un large éventail de secteurs d’activité B2B,
• Mentoring de managers nouvellement nommés comme expérimentés, conception de programmes de formation pour des responsables commerciaux, ce qui m’a donné un réel goût pour la transmission des connaissances.

Convaincu que ce type d’expérience pouvait avoir de la valeur pour des professionnels en quête d’évolution de carrière, j’ai contacté le département concerné et exposé mes intentions.
J’ai expliqué que j’avais développé suffisamment de supports pédagogiques pour couvrir des cours entiers, de la stratégie à l’exécution, les « Modèles de vente indirecte et alliances » n’étant qu’un exemple parmi d’autres.

La toute première question qui m’a été posée fut directe :
« Quel est le diplôme académique le plus élevé que vous ayez obtenu ? »
« Un Master », ai-je répondu.

La réponse fut tout aussi claire :
« Dans cette université, les enseignants doivent être titulaires d’un diplôme supérieur à celui préparé par leurs étudiants. »

Autrement dit : pour enseigner à des étudiants de Master, il faut être titulaire d’un doctorat.

Une fois la surprise initiale passée, j’ai posé ce qui me semblait être une question raisonnable :
Un docteur fraîchement diplômé, avec peut-être un an d’expérience professionnelle, serait-il considéré comme plus qualifié pour enseigner que quelqu’un disposant de plus de trois décennies d’expertise concrète dans le domaine même enseigné, mais « seulement » titulaire d’un Master ?

La réponse fut « oui ».

On m’a néanmoins proposé une alternative : enseigner à des étudiants en Executive Bachelor, puisque mes qualifications académiques dépassaient le niveau qu’ils préparaient.

Et ce fut la fin de ma tentative d’explorer le monde académique.

Pour être clair, il ne s’agit pas d’une remise en cause de la qualité de l’enseignement dispensé dans ce type de programmes, ni d’un contestation du droit de toute institution à fixer ses propres règles.

Cette expérience m’a conduit à des réflexions plus larges, au-delà du monde académique :
• Comment combiner ce qui compte réellement : l’expérience ou le savoir formel ? Comment trouver le juste équilibre entre cerveau et muscles ?
• Comment transmettre ce que nous avons appris dans le « monde réel » ?
• Comment la théorie a-t-elle façonné mes propres décisions professionnelles, et comment la réalité a-t-elle remodelé ce que j’avais appris ?
• Quelle part (importante ou limitée) de ce que nous apprenons dans les salles de cours (en management) se traduit réellement dans la pratique ? Était-ce un manque de bonne volonté ? Ou le poids du quotidien qui finit par reléguer les bonnes intentions au second plan ?

👉 Quelles sont les mesures concrètes à prendre, au sein des entreprises, pour s’assurer que des connaissances précieuses ne se perdent pas et soient appliquées dans la pratique quotidienne ?

C’est la condition pour que le principe suivant soit vérifié: être efficace (en tant qu’individu, équipe ou entreprise) plutôt que simplement occupé (‘effective, not just busy’).